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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 11:30

"Si Jonas m'était conté"
Nouvelle version étoffée par des commentaires


 

Lire : "LE LIVRE DE JONAS" : INTRODUCTION A UNE REECRITURE COMMENTEE 
          - la première partie : "LE LIVRE DE JONAS" : LA FUITE DE JONAS ET LA TEMPETE


II


Jonas, avalé par le grand poisson,

 

se tourne vers la Source de Vie

 

 

« Et Dû-n-Nûn [Jonas] le Maître du Poisson,

quand il s’enfuit courroucé :

il imaginait que nous ne ferions rien pour lui,

mais il Nous a imploré dans les ténèbres :

“Pas d’Ilah, sauf Toi !

Louange à Toi : j’étais parmi les fraudeurs.”

 

Nous l’exauçons et le sauvons de l’angoisse,

Nous, le sauveur des adhérents. (1 ) »

 

 

 

               La miséricorde divine s’exprime en écartant les pires menaces…

              Un grand poisson, mâle précise certains (2), engloutit Jonas ;
il demeure dans ses entrailles,
dans son ventre, dans son intestin durant trois jours et trois nuits.
Ainsi est-il finalement transféré de la cale du navire jusque dans le ventre de ce poisson,
au cœur de la mer.



           Les spécialistes pensent que c’est une baleine ! A leurs yeux, seul cet énorme animal peut avaler un être humain et lui offrir une hospitalité vivable pour tout ce temps ! Les enluminures et les images multiples en font un monstre impressionnant. Pourtant, il est bien sympathique, ce poisson qui sauve ainsi Jonas de la noyade et qui sait, de la voracité des requins ! Jonas est-il né sous le signe du Poisson ? Dans le ventre du grand poisson, il est dans un état transitoire comme l’est ce signe indéfini et indéterminé entre l’hiver et le printemp (3). Pour lui, l’eau n’est pas celle du déluge mais celle de la tempête.

             Il est même dit, par un commentateur subtil et inspiré, qu’en un premier temps, Jonas se trouve là « comme dans un palais, les deux yeux du poisson avaient l’éclat du soleil, et dans son intestin se trouvait une pierre précieuse dont la lumière permit à Yonah de voir toute l’activité des profondeurs de la mer. (4) ». Il est au paradis, envoûté par la magie du spectacle qui s’ouvre sous ses yeux. Mais le paradis terrestre est-il le but ?

 Lorsqu’il contemple les eaux marines fécondantes et les inépuisables beautés des fonds marins lorsqu’il est dans le ventre du grand poison alors que la tempête est apaisée, ce qu’il vit est ineffable, irrationnel et tour à tour se dissolvent ses notions tandis qu’il intègre les valeurs universelles.

            Alors que Jonas se plait là, le poisson meurt et Jonas crie vers le ciel. « Ce n’est qu’après la mort du poisson que Yonah se trouve plongé dans l’affliction parce qu’il est dans le ventre d’un poisson mort que les autres poissons de la mer dévorent ! (5) » Des orques et autres prédateurs… Tout en ce monde est proie et prédateur, chassé et chasseur, dévorant et dévoré !

              A l’instant, Jonas crie sa prière de sa limite vers la limite :

              - « Toi, tu gouvernes le jaillissement de la mer ;

à l’assaut de ses vagues, tu les apaises. (6) »

            Aussitôt, le poisson ressuscite. C’est là la réponse qu’il reçoit et il reste les trois jours et les trois nuits qui lui étaient comptées dans ses entrailles. Le poisson ressuscité est un poisson féminin ! Lorsque Jonas est actif, le poisson est masculin, mais lorsqu’il est enfin réceptif, celui-ci ressuscite en poisson féminin… Trois jour, c’est le temps qu’il faut à un cadavre mis dans la tombe « avant que ses entrailles n’éclatent. (7) »

 

            Qu’importe ? Ce poisson, cette baleine, contient l’immensité de l’océan qui engloutit notre héros. Là, il est où il désirait faire retour, dans le ventre de la mère. C’est un trou noir où il se cloître dans des ténèbres protectrices. Il est embryon, il est en gestation. Il va être digéré, réduit à l’état d’excrément, de déjection, à moins qu’il ne digère ce qui le digère ! Pour survivre dans cette tombe, pour se remettre à flot, dans le flux, ne faut-il pas se dépouiller du superflu, ne conserver que l’essentiel, retrouver son harmonie avec le tout ?

            Ce sont ses propres entrailles qu’il examine là, comme tant d’autres le firent dans les entrailles de la terre-mère avant de sacrifier leurs désirs montant d’elles. Les augures ne prédisent-ils pas l’avenir en examinant les entrailles de l’animal sacrifié ? Dans tes entrailles, c’est là que tu trouveras la pierre cachée (8), la fontaine de jouvence d’où jaillit le lait virginal qui a la blancheur de la colombe. Elle est l’âme impérissable qui boit dans le vase l’eau de la mémoire de la Source de la manifestation duelle, cette colombe qui symbolise l’œuvre au blanc des alchimistes. Lui, c’est du fond de ses entrailles qu’il crie, un cri muet par manque de souffle, car il étouffe dans ce boyau horrible. Un questionnement se produit :

             - “Quoi suis-je ? En quoi suis-je ? Pourquoi ceci et pourquoi cela ?”

           Au Jonas en vous de répondre ! Un simple assemblage de chair et d’os qu’inventorie l’anatomie et que soigne la médecine occidentalisée ? C’est là se chosifier et l’on se traite alors comme une marchandise, aussi est-on ainsi traité ! Alors, on collectionne les objets, les expériences, les savoirs dont la ligne d’horizon ne fait que reculer sempiternellement sans qu’il n’y ait jamais aucune élévation. Cette seule question maintient l’homme dans l’enfer qu’il concrétise ! Avec elle, il ne pourra sortir de l’abîme insondable des entrelacs emmêlés de sa nature déviée. « La vie est sans pourquoi (9) », a-t-il été dit.

           - “Qui suis-je ?”

           Cette simple interrogation, par sa justesse, le ramène au centre de lui-même. Il touche le fond du gouffre noir et se tourne alors vers la lumière d’en haut, une lueur entrevue, reflet du véritable soleil qui, lui, ne fait pas d’ombre. Ainsi remonte-t-il des limites du monde inférieur à celles du monde supérieur… si tant est qu’il y ait plusieurs mondes avec leurs limites ! Celles-ci ne sont toujours qu’en la tête…, des projections, des objections, des abjections, des déjections. Comme si la matière et l’esprit n’étaient pas une seule et même chose ! Créations matérielles…, créations spirituelles…, tout cela est mirage. L’Unique est sans second, et Janus restera toujours prisonnier du binaire !

             La voix qui monte de son cœur, Jonas l’entend enfin. Il décide de s’amender, d’aller où il se doit d’aller. Là, dans ce ventre, cet antre, cette tombe, cette fosse, il échappe à l’abîme qui allait l’engloutir, aux flots tumultueux des guerres et des conflits qui déchirent tout, à la mer déchaînée des passions ; il a pu enfin retrouver un instant le calme et la paix. Alors le souffle lui revient qui porte la parole, le privilège de l’humain :

              - « L’abîme à l’abîme crie à la voix de tes cataractes.

Tous tes brisants, tes vagues, sur moi passent. (10) »

              - “L’abîme me cernait de toute part, ma gorge suffoquait, l’algue marine m’étranglait et je ne pouvais plus crier ! Je suis rejeté de ce monde… Je pouvais regarder le Soleil en face et j’en ai été empêché ! Jusqu’à l’âme, les eaux m’ont submergé… La Mer de jonc, la Mer Rouge (11), m’a fait disparaître… Jusqu’aux entrailles des montagnes sous la mer je suis descendu… Pour ma protection, la terre me verrouillait pour toujours… Ma vie remonte de la fosse… Mes ultimes forces vives m’enveloppent ; ma mémoire renaît… Le temple saint, c’est en moi, au cœur de mon cœur qu’il a sa racine… J’étais un mort-vivant bouffi de vanités et de savoirs. Mon âme défaillait… et voilà que par la grâce d’en haut, je me suis souvenu de moi-même.”

            - “De la crypte du temple de mon cœur monte enfin le souvenir de la Source, elle coule enfin et les mirages de l’enfer s’éteignent. Je ne défaille plus…”

Jonas est descendu dans le Shéol, le séjour des morts et meurt à lui-même, prostré, sans réaction. S’attacher à sa forme passagère, au vêtement de sa manifestation, c’est la perdition ! C’est se réduire à n’être qu’animal, mais cela ne se peut et l’animal humain est un monstre hybride qui n’a pas lieu d’être. Entendez bien qu’aucun “lieu”, aucun, ne peut l’accueillir et il sera alors sans patrie, dans un exil irrémédiable.

             Beaucoup de ceux qui se croient vivants sont morts ; morts sont ceux qui ont étouffé le subtil respir de l’esprit en eux ; ils tiennent celui-ci comme improbable ou pour un mot vide de vie et ravagent eux-mêmes leur jardin intérieur, leur éden. On ne peut sans mourir, ramener les mondes suprasensibles aux choses connues par les seuls sens corporels. Utiliser ces outils-là pour connaître ce qui ne relève pas de la science occidentale est un contre-sens mortel qui plonge dans la descente infernale des contre-vérités et crée la contre-nature. Comment découvrir la pérennité de son essence, de sa quintessence, comment devenir un vivant pour la vie et  re-cueillir ce privilège d’être, sans passer consciemment par la mort, son aboutissement apparent mais non point ultime ? Une mort qui n’est pas la néantisation stérile d’une matière aseptisée ? Accepter le face à face avec soi-même est la seule issue pour que la vie soit re-suscitée. Rien ni personne ne souhaite la mort de l’homme en perdition… Si sa conduite est suicidaire, c’est lui qui en a ainsi décidé malgré tout puisqu’il se coupe du tout unifié par la vie…

             En ce lieu, dans le ventre du poisson, la perte du souffle entraîne au mutisme, mais appelle la rosée céleste qui ensemence la résurrection, et la parole à nouveau peut jaillir du cœur, même si l’air manque dans cette geôle qu’est le boyau où Jonas est confiné. Lui, prophète, ne peut parler que la langage de la kabbale*.

            Que se passe-t-il alors ? Les trois jours et les trois nuits dans cette tombe, où le mort vivant s’identifie d’abord à son monde égoïque, seront comme les six jours de la création, une genèse. Cette gestation le plonge d’abord dans l’enfance indifférenciée, puis il discerne les contraires, distingue l’intérieur de l’extérieur. Cela provoque une mutation, une conversion et renaît alors la foi, cette préparation à l’amour illuminateur. Les limites étroites du seul raisonnement éclatent ; une possible liberté créatrice est discernée intuitivement. Il ne s’agit plus seulement de générer, mais de créer. Il lui faudra, il le sait alors, passer aux œuvres vives et redevenir ainsi à la fois poisson de la mer et colombe du ciel. Il acquiert la connaissance et pourra agir par cette foi, s’exprimer par cet amour. Cela c’est l’homme spirituel, le combattant yang qui agit par la volonté. Son image est “à la ressemblance” du modèle céleste, mais non pas encore “la ressemblance” elle-même, “la similitude” ! (12) Il n’a pas encore la perception directe, immédiate, vécue mais une perception seulement comprise et non vécue ; le principe de son agir reste encore dans l’homme extérieur, mais il est au service d’un plus haut sens.

 

            Jonas, lui, est appelé Dhûn-Nûn dans la tradition islamique et la vingt-neuvième lettre de l’alphabet arabe, nûn (13), représente le poisson et en particulier El-Hût, la baleine. La Kabbale attache à cette lettre l’idée de « nouvelle naissance ». La partie inférieure de la graphie de cette lettre est « un arc surmonté d’un point qui en indique le centre, symbolisant l’Arche de Noé flottant sur les eaux. » Le mot Ionas , Colombe, nous met sur la voie de l’Arche de Noé à l’instant où la Terre Nouvelle est en vue. Quant au point, c’est le germe d’immortalité placé en son centre, en son cœur, l’ « Embryon d’Or » de la tradition hindoue.

             Nûn est donc une coupe, une matrice. « Le développement du germe spirituel implique que l’être émerge de son état individué et de l’environnement cosmique auquel il appartient, de même que le retour de Jonas à la vie coïncide avec sa sortie du ventre de la baleine… Cette sortie équivaut à celle de l’être qui émerge de la caverne initiatique, dont la concavité est représentée également par la demi-circonférence de la lettre nûn. (14) »

              La prosternation des religieux, quels qu’ils soient, correspond à la lettre arabe mîm qui signifie principalement la mort ;elle précède la résurrection signifiée par la lettre nûn qui suit mîm dans cet alphabet.

             Quant à la Langue Matrice, à l’Origine de toutes les Langues, qui a donné ce nûn aussi bien en arabe, en phénicien qu’en hébreu, elle a donné en sanscrit la lettre correspondante « na qui, ramenée à ses éléments géométriques fondamentaux, se compose d’un demi-cercle dont la convexité est tournée vers le haut et d’un point »??. Les deux lettres assemblées, réunion de l’Arche et de l’Arc-en-Ciel, donnent le symbole du Soleil, symbole de l’Or pur alchimique. Ces considérations sur la Science des Lettres mettent en évidence la correspondance entre la tradition hindoue au commencement de la Tradition Primordiale et la tradition islamique, en tant que “Sceau de la Prophétie”, à sa fin. (15) 

            Lorsque Jonas se croit perdu, le “poisson sauveur” surgit alors des fonds marins, image vivante de l’arche cosmique où l’essence de la vie est préservée pour son essentiel lors des destructions terribles qui s’abattent sur l’humanité à la fin de chaque cycle.

Durant le temps symbolique où il est retranché du temps de la terre, la forme matérielle de Jonas s’imbibe de son essence, de sa quintessence même, jusqu’à la moelle des os. Son sang est vivifié. Le miroir de son cœur a été nettoyé et reflète enfin le ciel de son âme ; il est redevenu ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être, poli parfaitement, « désincrusté de tout (16) ». Sa pensée s’équilibre, il redevient la colombe de l’esprit qui féconde sa matière. Certains le disent tourterelle ! Pourtant, la gémissante tourterelle intime de nos cœurs, aux roucoulements graves, au chant rythmé, n’est point la tendre colombe qui nous dit :

- « Mon existence est la limite des créatures.

Je viens après celui dont l’essence transcende la vue. (17) »

             Après ce nouveau déluge, la colombe qu’il est dans son essence peut voler jusqu’à la terre sèche et rapporter le rameau d’olivier de la paix intérieure.

             Alors Jonas remonte des profondeurs abyssales de la mer vers la délectation abyssale des bienfaits de la vie authentique qui l’engloutit à son tour au-delà de toute raison… Mais il n’est pas encore l’homme du septième jour, il ne peut agir par le pur amour de l’homme célestiel dont chacun des actes est marqué du Sceau de la Source. Ce Sceau, c’est le « Seing-Or », le Seigneur en vérité, nous dit la Langue Sacrée, le Principe Originel. Il n’est pas encore le victorieux, l’homme libre et parfait en possession de la Perception Directe, de la Connaissance par l’Amour, le féminin de lui qu’il se doit d’épouser lors des noces spirituelles et mystiques. C’est pourquoi par les voies secrètes de la kabbale, l’auteur de cette fable nous dit, en jouant sur la réalité symbolique de la langue hébraïque, que, si le poisson avaleur était mâle, il est maintenant devenu femelle par l’ouverture de Jonas au monde d’en haut. C’est un retournement qui fait passer de l’ombre à la lumière, c’est une restauration de son être authentique, c’est une métamorphose qui indique qu’il a enfin laissé vivre le féminin de lui pour retourner à l’androgynie de l’Adam primordial.

             La science des sciences, c’est celle des correspondances qui permet de connaître les choses célestielles à partir des choses spirituelles et les choses spirituelles à partir des choses terrestres. La voie interdite, parce que portant en elle un péril mortel, c’est vouloir faire une démonstration scientifique d’un fait célestiel, de ce qui relève du champ de la foi (18). Isolé de son Principe, l’homme ne peut connaître ; il lui faut franchir un seuil pour que sa vie et sa lumière soient celles de son Seing-Or en lui.

              Il n’est pas un instant où le monde célestiel n’agisse sur ce monde de la matière lourde, dense et opaque, mais il le fait de façon si douce et si subtile, dans l’intime de chaque chose, qu’elle est invisible aux sens grossiers et n’est perceptible que par les sens subtils du corps éthérique lorsqu’ils sortent de leur atrophie, de leur sclérose, lorsqu’ils ne sont plus déniés. Mais jamais il ne faut ramener les mondes subtils et suprasensibles aux choses sensibles par la démarche dite “scientifique” ! L’homme matériel, pris dans les rets de son rêve, croit posséder une existence propre (19) qui n’est qu’illusoire, cet ego mineur qui crée en réalité l’enfer sur terre.

               Pourtant, le Cantique des cantiques brûle les lèvres de Jonas qui implorent :

              « Ouvre-moi ma sœur, mon amie, ma colombe, ma parfaite…

              Viens donc ma bien aimée,

              ma belle, viens !

              Ma colombe cachée au creux des rochers,

              en des retraites escarpées… (20) »

             Il aspire à redevenir l’androgyne qu’il était au temps premier de la création, dans son Âge d’Or, en réintégrant en lui un féminin devenu extérieur, pour que son intelligence, sa sagesse et sa foi trouvent leur fécondité dans la volonté, l’amour et la vie. Il n’a pas encore achevé son combat…, mais déjà, il s’est pardonné à lui-même ses errements et c’est un pas immense ! Il s’absout, et ce qui est absout accède à l’absolu. Plus de solutions égoïques, mais absolution. Personne d’autre ne nous juge que nous-même. La vie super-essentielle est encore à venir…

             Jonas remercie d’une voix reconnaissante. Se sacrifiera-t-il pour payer une dette ? Offrira-t-il des sacrifices en reconnaissance ? Sait-il, dans cette fable biblique, qu’il n’y a nulle victime à immoler sur les autels d’un quelconque Dieu, et que les seuls “moutons” à offrir en sacrifice à l’essence de soi-même sont le corps physique qui n’est que la projection en ce monde de notre niveau de conscience, le cœur humain sentimental, les volontés de puissance et « le refus d’exister par soi-même (21) » !

            Voilà que le poisson se souvient, redevient mâle et, divinement guidé, vomit Jonas sur le rivage. Le vomissement marque la fin de l’œuvre au noir, de la putréfaction :



« La putréfaction est tant efficace qu'elle détruit la nature ancienne et la forme du corps putréfié; elle le transmue dans une nouvelle manière d'être, pour lui faire produire un fruit tout nouveau. Tout ce qui a vie y meurt; tout ce qui est mort s'y putréfie, et y trouve une nouvelle vie. (22)
 »

               

              Il fait retour au ciel visible et à la terre sèche… 
Il sort du ventre de la baleine, comme jadis Noé sortit de l’Arche après les quarante jours du déluge de l’eau et les cent cinquante jours de l’immersion de la terre. Mais il est la colombe et apporte la paix immédiate et pérenne. Pour lui comme pour tous ceux qui vivent véritablement dans l’instant, passé et futur n’ont pas de sens et tout s’accomplit dans l’éternel présent.

- “Sors de l’Arche !”, entend Noé.

- “Sors de la baleine !”, entend Jonas.


             La récurrence des événements, n’est rien d’autre que la présence à soi-même, à son Soi authentique et non à son petit ego, ce qui permet d’entendre la Voix de la Source… Comprendre, c’est s’arracher à l’enchaînement des causes et des conséquences. Le temps alors devient réversible et, fait surprenant, le passé dépend alors du présent qui en est l’accomplissement.



              Vivre, c’est à chaque instant s’identifier au changement et non pas subir !


 

 

 

à suivre :
III
- La mission de Jonas



1 Coran, Sourate 21, versets 87-88, traduction André Chouraqui.

2
3 Barbeau André, Traité d’Astrologie, Seuil, 1961.

4 Rabi Yehouda, Zohar, 2 : 48a, cité dans Le Grand Œuvre de Jonas, op. cit., p. 84.

5 Rabi Eléazar, cité par Rabi Yehouda.

6 Psaume 89, v. 10. Traduction André Chouraqui.

7 Le Zohar. Le Livre de la Spendeur. Extraits choisis et présentés par Gershom Schlem, « Interprétation allégorique de Jonas », Editions du Seuil, 1977, p. 97.

Basile Valentin explicite le mot clef des alchimistes, V.I.T.R.I.OL : “Visista interiora terrae ; rectificando invenies occultum lapidem.” (Visite les entrailles de la terre ; tu y trouveras, en rectifiant, la pierre cachée).

9 Marguerite Porete, Le Miroir des âmes simples et anéanties, Albin, Michel, 1984.

10 Psaume 42, v. 8. Traduction André Chouraqui.

11 Jonc : Souf ; Yam Souf : la Mer de jonc « qui n’est autre que la Mer Rouge ». Le Grand Œuvre de Jonas, op. cit.

12 Voir : Swedenborg, Arcanea caelestia, cité par Corbin Henry, Face de Dieu, face de l’homme, Editions Entrelacs, 2008, chap. « Herméneutique comparée ».

13 Nûn (נ, prononcé /n/) est aussi la quatorzième lettre des alphabets phénicien et hébreu. La lettre phénicienne donna le nu (Ν, ν) de l’alphabet grec, le N de l’alphabet latin et de son équivalent cyrillique.

La valeur numérique de נ est 50 et celle de ן est 700.

14 Guénon René, The mysteries of the letter Nün, in Artaud Thought, Londres, 1947, p; 166-168. Cité par Chevalier Jean et Gheerbrant Alain, Dictionnaire des Symboles, Robert Laffont, 1982.

15 Ibidem, p. 158

16  Maître Eckart, Sermons.

17  Ibn’Arabi, Le Livre de l’Arbre et des Quatre Oiseaux, Les Deux Océans, 1984, p. 61.

 18 Voir Henry Corbin, Face de Dieu, face de l’homme, Editions Entrelacs, 2008.

 19 Une ipséité (la chose en soi) : caractère du sujet pensant qui a le pouvoir de se représenter lui-même comme demeurant malgré les changements qui affectent son corps et son esprit. Conscience réflective de soi à soi-même.

 20 Cantique des Cantiques, second poème, 13-14.

 21 Monin Emmanuel-Yves, Le Son du Désert, Le Point d’Eau, 1989, p. 40.

 22 Dom Pernetty, Dictionnaire mytho-hermétique.

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