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8 février 2008 5 08 /02 /février /2008 13:50
 
 
Puisque nous sommes dans le merveilleux... Celui qui m’a conté ce qui suit a su faire un mythe de son autobiographie. A vous de voir. Je souhaite que ce soit la vôtre…
 
 
LE LOUP QUI PRIT APPARENCE DE BICHE
 
 
Il était une fois un être étrange, né très vieux, très vieux et 
très envieux, avec un cœur lourd comme le plomb. Une sorte de soldat 
de plomb en quelque sorte… bien qu’il fût d’apparence comme vous 
et moi, de chair et d’os !
A sa naissance, il paraissait un parfait bébé bien potelé, joufflu et 
rose, mais ses yeux voyaient tout en gris, ce qui l’aigrit ! Ses 
oreilles n’entendaient que du bruit autour de lui. Les fées à sa 
naissance n’avaient guère été généreuses apparemment. Pourtant 
l’une d’elle l’avait discrètement touché de sa baguette magique au creux
 de la poitrine… Allez savoir si ce n’est pas cela qui fit naître en lui c
omme une nostalgie, un goût pour l’aventure, ou qui lui tourna 
tout simplement la tête…
Point fils de roi ne semblait être, mais manant ou serf de naissance.
 Sa mère était sorcière, mais il n’est pas de sorcière qui ne soit un 
peu sourcière, même si son lait est amer. Son père était un brave
 homme. Que Dieu le garde !
Il grandit sans trop de peine, et même de façon fort banale. Mais 
voilà que la fantaisie lui prit de croire tout ce qu’on lui disait, à la maison, 
à l’école, à l’église, et puis à la radiophonie, et de croire tout ce qui était 
écrit dans les journaux, dans les livres, et ainsi de suite ! Quelle 
étrange maladie ! Aussi bien en lui ce fut folie, puisqu’il voulut être 
comme père et mère et frères et sœurs et voisins et amis ! A ressembler 
à eux s’appliquait de son mieux…
Mais un mal étrange couvait en lui, comme une sorte d’ennui… dans 
cet environnement de béton, de bitume et de… bêtise. Il trouvait le soleil 
des villes bien pâle. La grande forêt où se perdait ce Petit Poucet était 
une jungle inextricable. Le fil d’Ariane était cassé… Les oiseaux derrière 
lui avaient mangé toute la mie… Que faire ? Alors, quand il eut l’âge, il 
partit dans le vaste monde pour voir si ce qu’on lui avait appris s’avérait… 
Il ne savait ce qu’il cherchait et se mit à écouter et à suivre tous 
les bonimenteurs qui lui paraissaient, au bout de quelque temps, 
aussi menteurs que bons d’apparence…
Il y avait comme cela dans la sombre forêt des hommes, des loups 
qui vous dévoraient inévitablement si… Mais lui, lorsqu’il rencontrait un 
loup d’une sorte ou d’une autre, il lui riait au nez, et celui-ci était fort 
étonné. Le loup ne peut dévorer que celui qui, devant lui, fait triste 
figure, grise mine ou mine de rien… Contre ceux qui rient, que peut-il faire 
? Bref, chaque fois que, dans quelque forêt nouvelle, il rencontrait le loup,
 il riait et disait :
- Ah ! Toi, je te connais, je t’ai déjà vu quelque part !
Son bâton de pérégrinant reprenant, il allait voir si quelqu’autre 
forêt serait plus hospitalière…
 
Un soir où fatigué, il dormait dans le fossé sur un lit de feuilles 
mortes, une biche craintive s’approcha. Il la vit comme en rêve et par 
jeu l’apprivoisa, si bien qu’elle le pria de la garder du loup dont elle 
avait, disait-elle, grande crainte. Or donc, elle ne le quitta plus. Ah ! Vous 
qui m’écoutez, vous croyez que cette fois, le loup a gagné ! Cela 
n’est possible dans aucun conte, et celui-ci ne fait pas exception.
Ils traversèrent maintes et maintes forêts, et plus de loup 
ne rencontrèrent, mais leurs jambes devenaient chaque jour plus lourdes 
et grandes fatigues les prenaient… Ils avaient moins d’entrain. Sur 
les chemins, notre homme avait ramassé quelques grains de sable 
qui alourdissaient ses poches et sa besace, ou bien crissaient dans 
ses chaussures et le faisaient boiter. La biche aussi, derrière lui, traînait 
la patte. Le monde était si vaste… C’était partout le même soleil. Y avait-il 
un autre soleil ?
Une nuit qu’il était très fatigué et qu’il dormait sur ses deux oreilles, 
le loup qui avait pris apparence de biche hésita à le dévorer. Ils s’étaient 
tant l’un à l’autre accoutumés que le loup ne put s’y décider, et sa 
véritable forme reprit. Au réveil, notre homme fort surpris se vit suivi d’un l
oup apprivoisé. De paraître ainsi était beaucoup trop dangereux pour un 
loup. Aussi, après en avoir convenu, il reprit apparence de biche, mais 
cette fois, vraie biche devint, non plus d’apparence seulement, mais
 de cœur… Ah ! Croyez-moi, même saint François n’avait en son temps 
fait miracle pareil !
Ce conte n’a pas de fin. Peut-être cela viendra dans les temps à 
venir, mais pour l’instant point n’a besoin.
Il se trouva néanmoins que les grains de sable amassés se mirent une nuit à briller comme paillettes d’or. Dans une très ancienne forêt, que l’on disait sacrée, l’homme et le loup trouvèrent une très vieille fontaine. Après avoir bu, ils reprirent leur chemin, n’ayant point conscience d’avoir changé. Mais ceux qui savaient voir regardaient passer dans les chemins creux un couple étrange duquel émanaient beauté, jeunesse et sérénité…

                  Extrait de "Contes qui coulent de Source:la quintessence du Conte", 
                                              Régor, Editions EDIRU.
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